Nourrissement des abeilles : quand et comment donner du sirop ou du candi ?

Construction de rayon naturels par les abeilles

Nourrissement des abeilles : quand et comment donner du sirop ou du candi ?

Quand faut-il nourrir les abeilles ? Faut-il utiliser un sirop 50/50, un sirop plus concentré ou du candi ? Le nourrissement peut sauver une colonie en manque de réserves, aider un jeune essaim à démarrer ou compléter les provisions avant l’hiver. Mais il ne doit pas devenir un geste automatique.

La meilleure alimentation des abeilles reste naturellement celle qu’elles trouvent dans leur environnement : nectar, pollen et miel stocké dans la ruche.

Le nourrissement devient utile lorsque les ressources disponibles ne permettent plus à la colonie de couvrir ses besoins ou lorsqu’un objectif précis justifie une intervention.

Le choix du produit, de sa concentration et de la période dépend donc avant tout de la situation de la colonie.

À retenir : on ne nourrit pas une ruche simplement parce que « c’est la saison ». Avant toute intervention, il faut déterminer l’objectif : sauver une colonie en disette, accompagner un essaim, éventuellement stimuler une dynamique ou compléter les réserves d’hiver.

Le webinaire : Nourrissement des colonies – effets et impacts

Webinaire UMT PrADE « Nourrissement des colonies : effets et impacts », organisé autour des pratiques de nourrissement et de leurs conséquences sur les colonies d’abeilles.

Les travaux présentés permettent notamment de dépasser certaines habitudes apicoles transmises de manière empirique. Tous les nourrissements n’ont pas le même objectif et tous les sucres ne présentent pas les mêmes caractéristiques pour les abeilles.

Pourquoi nourrir une colonie d’abeilles ?

Le nourrissement est avant tout un outil de gestion.

Il peut notamment être utilisé pour :

  • éviter la famine d’une colonie ;
  • compenser temporairement une période de disette ;
  • accompagner le développement d’un essaim récent ;
  • aider un paquet d’abeilles à construire ses premiers rayons ;
  • compléter des réserves insuffisantes avant l’hiver ;
  • ou, dans certaines situations, rechercher une stimulation de la ponte.

Ces objectifs sont très différents.

C’est pourquoi donner systématiquement le même sirop à toutes les colonies n’a pas beaucoup de sens.

Comment savoir si une ruche a réellement besoin d’être nourrie ?

Avant de préparer du sirop, il faut commencer par observer la colonie.

Plusieurs indicateurs peuvent alerter :

  • peu ou pas de miel disponible autour du couvain ;
  • cadres de réserves presque vides ;
  • diminution rapide du poids de la ruche ;
  • arrêt brutal d’une miellée ;
  • forte population avec peu de ressources disponibles ;
  • jeune essaim disposant encore de très peu de réserves ;
  • conditions météorologiques empêchant durablement le butinage.

Une surveillance du poids des colonies est particulièrement utile.

Une ruche peut sembler très active tout en consommant rapidement ses dernières réserves.

En été, consultez également notre guide : comment reconnaître une disette estivale chez les abeilles ?

Sirop, candi : quel nourrissement choisir ?

Le choix dépend principalement de l’objectif et de la saison.

SituationNourrissement possibleObjectif
Printemps / développementSirop léger autour de 50 %Apport énergétique ponctuel / éventuelle stimulation
Essaim récentSirop léger si les ressources manquentConstruction et développement
Disette estivaleSirop selon l’urgence et l’objectifÉviter la rupture alimentaire
AutomneSirop lourd 60 à 70 %Compléter les réserves
HiverCandiNourrissement de sécurité

Quel sucre utiliser pour nourrir les abeilles ?

Les connaissances scientifiques disponibles apportent aujourd’hui une réponse relativement claire.

Les abeilles présentent une forte appétence pour le saccharose.

La synthèse publiée par l’ITSAP indique que, parmi les différents sucres étudiés, le saccharose apparaît comme l’un des plus intéressants en matière d’acceptation, de développement et de longévité des abeilles.

Pour un sirop fabriqué à la maison, le choix le plus simple reste donc généralement le sucre blanc raffiné.

Quels sucres faut-il éviter ?

Il ne faut pas considérer que tous les produits sucrés présents dans une cuisine peuvent servir à nourrir les abeilles.

Les études recensées par l’ITSAP mettent notamment en garde contre plusieurs produits ou sucres mal adaptés, parmi lesquels :

  • les mélasses ;
  • le sucre roux ;
  • certains sucres peu digestibles ;
  • les sirops artisanaux réalisés à partir de produits non adaptés ;
  • les boissons sucrées ;
  • ou certains sirops riches en composés pouvant poser des problèmes digestifs.

Le principe le plus simple est donc : ne pas improviser un nourrissement avec n’importe quelle source de sucre.

Sirop 50/50 : à quoi sert-il réellement ?

Un sirop composé d’environ 50 % de sucre et 50 % d’eau correspond au classique sirop dit « léger ».

Par exemple :

1 kg de sucre blanc + 1 kg d’eau.

Il est relativement proche des concentrations en sucres de nombreuses ressources liquides récoltées naturellement par les abeilles.

Il est couramment utilisé :

  • pour accompagner un essaim récent ;
  • pour aider à la construction des rayons ;
  • lors d’un manque ponctuel de ressources ;
  • ou dans certains protocoles de stimulation.

Le sirop 50/50 stimule-t-il réellement la ponte ?

C’est une pratique très répandue en apiculture, mais la réponse scientifique est plus nuancée qu’on pourrait le penser.

Les travaux recensés par l’ITSAP indiquent que le nourrissement léger est fréquemment utilisé en petites quantités répétées pour rechercher une stimulation de la ponte.

Mais plusieurs études n’observent pas de différence significative entre les colonies stimulées et les colonies témoins.

Le nourrissement de stimulation n’est donc pas une garantie de développement supplémentaire.

Il faut également rappeler qu’une reine ne peut pas augmenter durablement sa ponte si la colonie manque de protéines.

La disponibilité du pollen reste donc essentielle.

Nourrir au printemps : dans quelles situations ?

Au printemps, les besoins énergétiques augmentent fortement avec la reprise du couvain.

Une colonie disposant de réserves suffisantes et profitant d’entrées régulières de nectar n’a pas nécessairement besoin d’être nourrie.

En revanche, une intervention peut être justifiée :

  • après une mauvaise sortie d’hiver ;
  • après une longue période de météo défavorable ;
  • sur un jeune essaim ;
  • sur une division récente ;
  • ou lors d’une rupture importante des ressources.

L’objectif n’est pas de remplacer les ressources naturelles mais d’éviter qu’une colonie en plein développement ne soit brutalement limitée par un manque de nourriture.

Comment nourrir un essaim d’abeilles ?

Un essaim récemment constitué se trouve dans une situation particulière.

Il doit simultanément :

  • construire de nouveaux rayons ;
  • élever du couvain ;
  • maintenir sa population ;
  • et constituer ses premières réserves.

Lorsque les ressources naturelles sont abondantes, les abeilles peuvent parfaitement réaliser ce travail seules.

Mais lors d’une mauvaise météo ou d’une période pauvre en nectar, un nourrissement léger peut aider la colonie à passer cette phase de démarrage.

Pour préparer votre rucher : découvrir nos essaims d’abeilles

Comment nourrir un paquet d’abeilles ?

Le cas d’un paquet d’abeilles est encore plus particulier.

Contrairement à un essaim sur cadres, le paquet démarre sans rayons construits et sans réserves déjà stockées.

Après l’installation, les abeilles doivent :

  • accepter leur reine ;
  • construire les premiers rayons ;
  • permettre la reprise de ponte ;
  • et commencer à constituer des provisions.

Un apport de sirop léger peut donc être particulièrement intéressant au démarrage lorsque les apports naturels sont insuffisants.

En savoir plus : paquets d’abeilles avec reine fécondée

Nourrir les abeilles pendant une disette estivale

La disette estivale peut être trompeuse.

Une colonie peut encore compter plusieurs dizaines de milliers d’abeilles et posséder beaucoup de couvain alors que les entrées de nectar ont pratiquement cessé.

La consommation reste alors importante tandis que les réserves diminuent rapidement.

Les jeunes essaims, divisions et petites colonies sont généralement les plus vulnérables.

Dans cette situation, l’objectif du nourrissement n’est pas de stimuler artificiellement la colonie mais simplement d’éviter une rupture alimentaire.

Consultez notre dossier complet : disette estivale chez les abeilles : signes, risques et solutions

Attention au pillage lors du nourrissement

Lorsqu’il existe peu de ressources dans l’environnement, l’odeur du sirop peut rapidement attirer d’autres colonies.

Le nourrissement doit donc être réalisé avec précaution.

Quelques principes permettent de réduire le risque :

  • éviter tout déversement de sirop autour des ruches ;
  • ne pas laisser de nourrissement accessible à l’extérieur ;
  • utiliser des nourrisseurs correctement fermés ;
  • limiter l’ouverture des colonies pendant une période de pillage ;
  • et, si nécessaire, nourrir plutôt en fin de journée.

Quel sirop utiliser à l’automne ?

À l’automne, l’objectif change.

Il ne s’agit plus principalement de stimuler la colonie mais de lui permettre de disposer de suffisamment de réserves avant l’hiver.

La synthèse scientifique de l’ITSAP recommande généralement un sirop de saccharose concentré autour de 60 à 70 % lorsque les réserves doivent être complétées.

Un mélange proche de deux parts de sucre pour une part d’eau correspond approximativement à cette concentration.

Contrairement à une stimulation, le nourrissement destiné aux réserves est généralement apporté en quantités plus importantes.

L’objectif reste cependant simple : arrêter lorsque les réserves nécessaires sont atteintes.

Pourquoi faut-il terminer le nourrissement d’automne suffisamment tôt ?

Le sirop liquide doit encore être pris en charge par les ouvrières, transformé et stocké.

Lorsque les températures diminuent fortement, ce travail devient de plus en plus difficile.

Il est donc préférable de ne pas attendre le cœur de l’hiver pour tenter de corriger un déficit important de réserves avec du sirop liquide.

Pour préparer les colonies : apiculture en septembre : réserves, Varroa, reines et hivernage

Quand utiliser du candi ?

Lorsque les températures deviennent trop basses pour distribuer efficacement du sirop liquide, le candi constitue généralement la solution la plus adaptée.

Il est particulièrement utilisé pendant l’hiver comme nourrissement de sécurité.

Le candi est placé au plus près de la grappe, généralement au-dessus des cadres.

Cela permet aux abeilles d’y accéder sans devoir se déplacer loin dans la ruche lorsque les températures sont faibles.

Le candi ne doit cependant pas servir à masquer une mauvaise préparation de l’hivernage.

L’idéal reste que les colonies possèdent déjà suffisamment de réserves avant l’arrivée du froid.

Peut-on nourrir les abeilles avec du miel ?

Le miel est évidemment l’aliment glucidique naturel des abeilles.

Pour autant, donner du miel provenant d’une origine inconnue à une colonie n’est pas une bonne pratique.

Du miel peut transporter certains agents pathogènes et favoriser la transmission de maladies.

Son odeur augmente également le risque de pillage.

Si du miel doit être redonné à des abeilles, il est préférable qu’il provienne de la colonie ou du rucher concerné et que son état sanitaire soit connu.

Peut-on nourrir pendant une miellée ?

Il faut éviter de nourrir au sirop une colonie équipée de hausses destinées à produire du miel récolté.

Les abeilles peuvent stocker une partie du sirop dans les rayons.

Des sucres issus du nourrissement peuvent alors se retrouver dans la récolte et remettre en question l’authenticité du miel.

Lorsqu’un nourrissement de secours devient absolument nécessaire pendant une période de production, il faut donc raisonner précisément la situation et éviter que le sucre distribué puisse contaminer la récolte destinée au consommateur.

Faut-il ajouter du vinaigre ou du citron dans le sirop ?

On trouve de nombreuses recettes apicoles conseillant d’acidifier un sirop avec du vinaigre ou du jus de citron.

Les connaissances recensées par l’ITSAP incitent au contraire à la prudence.

Les études portant sur des sirops acidifiés signalent notamment des risques d’effets négatifs sur l’appareil digestif ou la mortalité des abeilles.

Il n’est donc pas nécessaire d’acidifier systématiquement un sirop de saccharose fabriqué à la maison.

Attention à l’HMF dans les sirops

L’hydroxyméthylfurfural (HMF) est une molécule qui peut se former lors de la dégradation de certains sucres, notamment sous l’effet de la chaleur, du temps et de l’acidité.

À forte concentration, l’HMF est nocif pour les abeilles.

Lors de la fabrication d’un sirop maison, il est donc préférable :

  • de ne pas faire cuire ou caraméliser le sucre ;
  • d’éviter une acidification inutile ;
  • de préparer le sirop avec du matériel propre ;
  • et de ne pas conserver pendant de longues périodes un sirop ayant subi de mauvaises conditions de stockage.

Huiles essentielles et compléments alimentaires : sont-ils utiles ?

De nombreuses préparations commerciales ou recettes artisanales proposent d’ajouter au sirop :

  • des huiles essentielles ;
  • des probiotiques ;
  • des extraits végétaux ;
  • des vitamines ;
  • ou différents compléments.

Les données scientifiques disponibles restent cependant très hétérogènes.

Certains produits peuvent présenter des effets intéressants sur un paramètre biologique mais avoir d’autres conséquences défavorables.

Ajouter davantage de produits dans un sirop ne signifie donc pas nécessairement améliorer la santé de la colonie.

Pour un nourrissement énergétique simple, un sirop adapté à base de saccharose reste une solution beaucoup plus facile à maîtriser.

Nourrir ne remplace pas le pollen

Le sirop apporte essentiellement des glucides.

Or le développement du couvain nécessite aussi des protéines, lipides, vitamines et minéraux fournis principalement par le pollen.

Une colonie disposant de grandes quantités de sirop mais manquant fortement de pollen ne possède donc pas une alimentation complète.

C’est notamment l’une des limites du nourrissement de stimulation.

Nourrissement et eau : deux besoins différents

En période chaude, une colonie peut simultanément manquer de nourriture et avoir besoin d’importantes quantités d’eau.

L’eau sert notamment :

  • à la thermorégulation de la ruche ;
  • à l’alimentation du couvain ;
  • et à certaines transformations alimentaires.

Un sirop ne doit donc pas être considéré comme un substitut à une source d’eau accessible.

À lire : comment fournir de l’eau aux abeilles ?

Quelle quantité de nourriture donner ?

Il n’existe pas une quantité universelle valable pour toutes les ruches.

La quantité doit dépendre :

  • des réserves déjà présentes ;
  • de la force de la colonie ;
  • de la quantité de couvain ;
  • des ressources disponibles dans l’environnement ;
  • de la saison ;
  • et de l’objectif du nourrissement.

Une petite colonie de cinq cadres et une ruche de production très populeuse n’ont évidemment pas les mêmes besoins.

Le principe consiste donc à mesurer, nourrir si nécessaire, puis contrôler à nouveau.

Tableau pratique du nourrissement selon la saison

PériodeSituationSolution possible
Fin d’hiverRisque de famineCandi si nécessaire
PrintempsManque ponctuel / essaimSirop léger autour de 50 %
MielléeProduction de mielPas de nourrissement destiné à être stocké dans la récolte
ÉtéDisetteNourrissement de secours selon besoin
AutomneRéserves insuffisantesSirop lourd 60 à 70 %
HiverRisque de famineCandi proche de la grappe

Ce que nous retenons chez LaRucheTic

Chez LaRucheTic, nous considérons le nourrissement comme une intervention qui doit répondre à un besoin identifié.

Une colonie disposant de ressources naturelles abondantes et de réserves suffisantes n’a pas besoin d’être alimentée artificiellement.

À l’inverse, refuser systématiquement tout nourrissement alors qu’une colonie risque la famine n’a pas davantage de sens.

Notre logique est donc simple :

  • observer les réserves ;
  • identifier l’objectif ;
  • choisir un nourrissement adapté ;
  • éviter les apports inutiles ;
  • et privilégier autant que possible les ressources naturelles.

Une colonie manque-t-elle réellement de nourriture ?

Avant de nourrir systématiquement, vérifiez les réserves, la dynamique de la colonie et les ressources présentes autour du rucher.

→ Reconnaître une période de disette

→ Préparer les réserves avant l’hiver

Questions fréquentes sur le nourrissement des abeilles

Quand faut-il nourrir les abeilles ?

Il faut nourrir lorsqu’un besoin réel est identifié : réserves insuffisantes, disette, démarrage d’un essaim ou préparation de l’hiver. Le nourrissement ne doit pas être systématique.

Quel sirop donner aux abeilles au printemps ?

Lorsqu’un apport est nécessaire, un sirop léger contenant environ 50 % de saccharose peut être utilisé. Son intérêt dépend toutefois de la situation réelle de la colonie.

Quelle est la recette d’un sirop 50/50 pour abeilles ?

Un mélange simple peut être réalisé avec environ 1 kg de sucre blanc pour 1 kg d’eau. Il ne faut ni caraméliser le sucre ni acidifier inutilement le mélange.

Quel sirop donner aux abeilles à l’automne ?

Pour compléter les réserves avant l’hiver, un sirop plus concentré, généralement autour de 60 à 70 % de sucre, est plus adapté.

Quand donner du candi aux abeilles ?

Le candi est surtout utilisé pendant les périodes froides lorsqu’une colonie risque de manquer de nourriture et qu’un nourrissement liquide n’est plus adapté.

Peut-on donner du sucre roux aux abeilles ?

Il est préférable d’utiliser du sucre blanc raffiné. Le sucre roux et les mélasses contiennent davantage de composés et de minéraux pouvant être mal tolérés par les abeilles.

Peut-on mettre du vinaigre dans le sirop ?

L’acidification systématique du sirop n’est pas nécessaire. Les travaux recensés par l’ITSAP appellent à la prudence concernant les sirops acidifiés.

Peut-on nourrir les abeilles pendant une miellée ?

Il faut éviter le nourrissement sucré lorsque des hausses destinées à la récolte sont en place, car le sirop peut être stocké par les abeilles et compromettre l’authenticité du miel.

Faut-il nourrir un essaim que l’on vient d’installer ?

Pas systématiquement. Si les ressources naturelles sont abondantes, l’essaim peut se développer seul. En revanche, lors d’une mauvaise météo ou d’une pénurie de nectar, un apport ponctuel peut faciliter son démarrage.

Sources et ressources

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