10 Sep Résistance des abeilles à Varroa : VSH, SMR et sélection
Certaines colonies d’abeilles sont-elles naturellement mieux armées que d’autres face à Varroa destructor ? Peut-on sélectionner ce caractère et, à terme, disposer d’abeilles capables de mieux contrôler le parasite ?
Ces questions sont devenues centrales pour l’apiculture et pour les éleveurs de reines. Le parasite Varroa destructor reste en effet l’une des principales menaces sanitaires qui pèsent sur l’abeille domestique, mais toutes les colonies ne réagissent pas de la même manière à son infestation.
Certaines populations présentent des mécanismes permettant de ralentir sa reproduction ou de détecter et d’éliminer une partie du couvain infesté. Parmi ces caractères, le VSH – Varroa Sensitive Hygiene – est probablement le plus connu.
Pour mieux comprendre ces mécanismes et ce qu’ils permettent réellement d’espérer en sélection apicole, nous vous proposons le décryptage d’un webinaire scientifique consacré à la résistance de l’abeille domestique à Varroa, organisé dans le cadre des Jeudis de PrADE avec notamment des chercheurs de l’INRAE et de l’ITSAP.
En bref : les recherches montrent qu’une sélection d’abeilles présentant une meilleure résistance à Varroa est possible. Mais il n’existe pas un unique « gène VSH ». La résistance résulte de plusieurs mécanismes biologiques et comportementaux, associés à une génétique complexe et à l’environnement.
Le webinaire : la résistance de l’abeille domestique à Varroa
Webinaire « Jeudi de Prade – La résistance de l’abeille domestique à Varroa ». Session du 9 mars 2023. Avec notamment Fanny Mondet, Alain Vignal, Benjamin Basso, Coline Kouchner et Marie Bonnet.
Les moments clés du webinaire
| Temps | Sujet |
|---|---|
| 00:00 | Introduction – Axel Decourtye |
| 04:38 | Les caractères de résistance à Varroa – Fanny Mondet |
| 30:21 | La résistance à Varroa dans les populations françaises – Alain Vignal |
| 56:42 | Utilisation des caractères de résistance en sélection – Benjamin Basso |
| 1:29:13 | Intégrer Varroa dans la sélection apicole : projet BeeMUSE – Coline Kouchner |
| 1:45:36 | Retour d’expérience d’une apicultrice – Marie Bonnet |
| 1:57:46 | Conclusion – Axel Decourtye |
Pourquoi certaines abeilles contrôlent-elles mieux Varroa ?
Une colonie présentant peu de Varroas n’est pas nécessairement une colonie génétiquement résistante.
Une rupture de ponte, un essaimage, un environnement particulier, une pression parasitaire plus faible ou une réinfestation moins importante peuvent également expliquer une infestation limitée.
La notion de résistance devient beaucoup plus intéressante lorsque l’on observe qu’une colonie ralentit durablement la croissance de la population de Varroas, alors que d’autres colonies placées dans des conditions comparables connaissent une augmentation beaucoup plus importante.
Différents mécanismes peuvent participer à cette résistance. Ils ne doivent cependant pas être confondus.
Qu’est-ce que le comportement VSH ?
VSH signifie Varroa Sensitive Hygiene, que l’on peut traduire par « comportement hygiénique sensible à Varroa ».
Certaines ouvrières semblent capables de détecter des anomalies associées à la présence et à la reproduction de Varroa dans les cellules de couvain operculé.
Elles peuvent alors :
- détecter une cellule suspecte ;
- désoperculer cette cellule ;
- retirer la nymphe ou intervenir sur le couvain ;
- interrompre ainsi une partie du cycle reproductif de Varroa.
Le résultat recherché n’est donc pas nécessairement la destruction directe du Varroa adulte. C’est surtout la diminution de son succès reproducteur et, par conséquent, le ralentissement de l’augmentation de la population parasitaire.
À lire également : notre dossier consacré aux abeilles VSH.
VSH, SMR et recapping : quelles différences ?
Plusieurs caractères sont étudiés simultanément lorsqu’on s’intéresse à la résistance des abeilles à Varroa.
Le VSH
Le VSH correspond principalement à l’intervention des ouvrières sur certaines cellules de couvain infestées.
Le SMR
SMR signifie Suppressed Mite Reproduction, c’est-à-dire « suppression de la reproduction de l’acarien ».
Dans certaines colonies, une proportion plus importante de femelles Varroa présentes dans le couvain ne parvient pas à produire suffisamment de descendants viables avant l’émergence de l’abeille.
Le VSH et le SMR sont liés dans l’étude de la résistance, mais ils ne décrivent pas exactement le même phénomène.
Le recapping
On observe également des cellules qui ont été désoperculées puis réoperculées par les ouvrières.
Cette intervention peut perturber la reproduction du parasite. Mais, prise isolément, la présence de recapping ne suffit pas à démontrer qu’une colonie est résistante à Varroa.
C’est précisément toute la difficulté de la sélection : la résistance ne repose pas sur un comportement unique.
Existe-t-il réellement des abeilles génétiquement résistantes à Varroa ?
Les travaux présentés dans le webinaire montraient déjà que les populations françaises possédaient une variabilité importante concernant les caractères associés à la résistance.
Depuis la diffusion de ce webinaire, les connaissances ont progressé.
Une importante étude menée par l’INRAE sur plus de 1 500 colonies réparties en France, comprenant notamment différentes populations et origines génétiques d’Apis mellifera, a confirmé l’existence d’une composante génétique dans plusieurs caractères associés à la résistance à Varroa.
Les chercheurs ont identifié de nombreuses régions du génome associées aux caractères étudiés, mais aucune mutation unique ayant à elle seule un effet majeur.
La résistance à Varroa est donc héritable, mais elle est polygénique.
Autrement dit, elle dépend d’un ensemble important de facteurs génétiques, chacun ayant généralement un effet limité, auxquels viennent s’ajouter l’environnement et la conduite des colonies.
Il serait donc beaucoup trop simpliste d’imaginer qu’un seul gène permette de produire une abeille définitivement « résistante Varroa ».
Une reine VSH est-elle forcément résistante à Varroa ?
Pas nécessairement.
L’expression « reine VSH » est pratique, mais elle peut donner une image trop simple de la réalité biologique.
Une reine ne désopercule évidemment pas elle-même le couvain infesté. Elle transmet une partie de son patrimoine génétique à une population d’ouvrières qui pourra exprimer plus ou moins fortement certains comportements.
La génétique des mâles intervient également.
Une reine issue d’une lignée sélectionnée VSH peut donc présenter un potentiel génétique intéressant, sans que toutes ses filles ni toutes les colonies obtenues expriment exactement le même niveau de résistance.
C’est pourquoi la qualité d’un programme de sélection se juge idéalement sur plusieurs générations et plusieurs colonies apparentées, plutôt que sur une seule reine présentant un résultat remarquable.
À découvrir : quelle différence entre une reine Buckfast F0 et F1 ?
Comment mesurer la résistance d’une colonie ?
C’est probablement l’une des questions les plus difficiles pour l’éleveur.
Un simple comptage ponctuel de Varroas n’est pas suffisant. Une démarche de sélection peut combiner plusieurs observations.
1. Suivre l’évolution de l’infestation
L’objectif est de comparer la dynamique de Varroa entre plusieurs colonies conduites dans des conditions comparables.
2. Mesurer le comportement hygiénique
Des tests réalisés sur le couvain permettent d’identifier les colonies ayant une forte capacité à détecter et retirer rapidement du couvain anormal.
3. Rechercher spécifiquement le comportement VSH
Des protocoles plus poussés consistent à travailler sur du couvain fortement infesté puis à mesurer l’évolution de l’infestation après exposition aux ouvrières de la colonie testée.
4. Répéter les mesures
Un résultat exceptionnel obtenu une seule fois est moins intéressant qu’un caractère retrouvé plusieurs fois au cours de la saison.
5. Observer les descendantes
La véritable confirmation intervient lorsque les filles d’une reproductrice présentent elles aussi plus fréquemment les caractères recherchés.
La sélection devient alors une démarche de population et non la recherche d’une hypothétique « reine miracle ».
Peut-on sélectionner uniquement sur la résistance à Varroa ?
Ce serait probablement une erreur.
Pour un apiculteur, une colonie doit simultanément présenter de nombreuses qualités : bonne vitalité, qualité du couvain, douceur, faible tendance à l’essaimage, adaptation à l’environnement, capacité d’hivernage et performances de production.
La résistance à Varroa doit donc devenir un critère supplémentaire de sélection, et non remplacer tous les autres.
C’est notamment l’un des intérêts de démarches comme BeeMUSE : intégrer progressivement de nouveaux critères sanitaires dans une sélection apicole multicritère.
Pour approfondir : découvrez notre dossier sur l’élevage de reines en apiculture.
Ce que nous retenons chez LaRucheTic
Chez LaRucheTic, ces travaux nous paraissent particulièrement intéressants car ils montrent que la sélection contre Varroa doit être envisagée comme un travail progressif, mesurable et réalisé sur plusieurs générations.
Ils nous conduisent surtout à rester prudents vis-à-vis des appellations très séduisantes telles que « 100 % VSH » ou « abeille résistante à Varroa ».
Notre approche est plutôt de considérer la pression Varroa et les comportements hygiéniques comme des critères qui peuvent progressivement être intégrés à l’évaluation des lignées, aux côtés des caractères apicoles traditionnels.
À terme, la logique la plus pertinente consiste à comparer les colonies dans des conditions similaires, identifier celles dont la population de Varroas progresse le moins rapidement, mesurer les caractères hygiéniques des meilleures candidates puis observer la transmission de ces qualités à leurs descendantes.
Cette démarche demande plus de temps qu’une simple appellation commerciale. Mais c’est justement ce qui peut lui donner une véritable valeur en sélection.
Une sélection Varroa ne signifie pas « absence de traitement »
C’est un point fondamental.
La sélection d’abeilles présentant certains caractères de résistance ne doit pas être interprétée comme une invitation à abandonner le suivi sanitaire des colonies.
Même une colonie issue d’une sélection VSH doit faire l’objet d’un suivi de son niveau d’infestation.
L’objectif actuel est avant tout de disposer de populations capables de mieux contrôler la dynamique du parasite et, potentiellement, de réduire progressivement la pression qu’il exerce sur les colonies.
La décision de traiter doit toujours dépendre du niveau réel d’infestation et du contexte sanitaire.
Ce que la recherche change pour l’élevage de reines
Pendant longtemps, la sélection apicole s’est principalement concentrée sur des caractères immédiatement observables : production, douceur, essaimage, développement printanier ou qualité du couvain.
La recherche sur Varroa ajoute une nouvelle dimension.
Elle oblige l’éleveur à raisonner davantage en termes de :
- familles ;
- descendance ;
- héritabilité ;
- répétabilité des performances ;
- diversité génétique.
Une reproductrice exceptionnelle est intéressante.
Une reproductrice dont les filles sont régulièrement supérieures à la moyenne l’est beaucoup plus.
C’est cette logique qui peut progressivement permettre d’obtenir des populations d’abeilles mieux adaptées à la pression exercée par Varroa.
À lire également : tout savoir sur les reines Buckfast F0.
Questions fréquentes sur les abeilles VSH et la résistance à Varroa
Qu’est-ce qu’une abeille VSH ?
Une abeille VSH appartient à une colonie exprimant un comportement hygiénique particulier vis-à-vis du couvain infesté par Varroa. Certaines ouvrières détectent et désoperculent des cellules parasitées, ce qui peut interrompre la reproduction du parasite.
Une reine VSH permet-elle de ne plus traiter contre Varroa ?
Non. Une ascendance sélectionnée sur le VSH ne garantit ni l’absence de Varroa ni une résistance suffisante pour supprimer automatiquement les traitements. Le niveau d’infestation doit toujours être suivi.
Quelle différence entre VSH et SMR ?
Le VSH décrit principalement le comportement des ouvrières vis-à-vis du couvain infesté. Le SMR décrit une diminution du succès reproducteur de Varroa. Ces caractères peuvent être associés mais ne sont pas synonymes.
Le caractère VSH est-il héréditaire ?
Il possède une composante génétique, mais la résistance à Varroa est complexe et polygénique. L’environnement, la génétique maternelle et paternelle ainsi que d’autres mécanismes interviennent également dans le résultat observé.
Une Buckfast peut-elle être VSH ?
Oui. Le VSH est un caractère de sélection et non une race d’abeille. Des caractères associés à la résistance peuvent donc être recherchés dans différentes populations et lignées, notamment Buckfast, Carnica, Ligustica ou Mellifera.
Comment savoir si une colonie est réellement résistante à Varroa ?
Une faible infestation à un instant donné ne suffit pas. Il est préférable d’étudier la dynamique de la population de Varroas, les comportements hygiéniques, éventuellement des tests spécifiques VSH, puis de vérifier la transmission de ces performances aux descendantes.
La sélection peut-elle permettre un jour de se passer totalement de traitements ?
C’est l’un des objectifs à long terme étudiés par différents programmes de recherche et de sélection. Les connaissances actuelles montrent néanmoins une résistance complexe reposant sur plusieurs mécanismes. Il serait donc prématuré de considérer qu’une lignée donnée permet systématiquement une conduite sans traitement.
Pour aller plus loin
La sélection d’abeilles mieux adaptées à Varroa constitue l’un des domaines les plus prometteurs de l’élevage apicole moderne. Mais les travaux scientifiques montrent également qu’il faut se méfier des réponses trop simples.
VSH, SMR, comportement hygiénique, dynamique de l’infestation et génétique doivent être analysés ensemble.
La résistance ne se résume probablement pas à un caractère unique : elle résulte de la combinaison de plusieurs mécanismes et doit être travaillée dans la durée tout en conservant la diversité génétique et les qualités apicoles des colonies.
Vous vous intéressez à la sélection et à la génétique de vos colonies ?
Chez LaRucheTic, nous élevons des reines fécondées issues de différentes lignées sélectionnées et suivons avec attention les évolutions de la recherche consacrée à la génétique, au comportement des colonies et à leur résistance aux pressions sanitaires.
Sources et ressources
- UMT PrADE / INRAE / ITSAP – La résistance de l’abeille domestique à Varroa .
- INRAE – travaux consacrés à la diversité génétique et à la résistance d’Apis mellifera à Varroa destructor.
- ITSAP – travaux et ressources techniques consacrés à la sélection apicole et à la maîtrise de Varroa.




