Élevage de reines en apiculture

Elevage des reines d'abeilles

Élevage de reines en apiculture

Élever des reines et sélectionner des reines sont deux choses différentes. L’élevage permet de produire de nouvelles reines. La sélection consiste à décider quelles colonies méritent réellement de transmettre leur génétique à la génération suivante.

Production de miel, douceur, qualité du couvain, faible tendance à l’essaimage, autonomie alimentaire, résistance aux maladies ou encore capacité à mieux contrôler Varroa : les critères possibles sont nombreux.

Mais faut-il chercher à améliorer tous ces caractères simultanément ? Comment choisir ses reproductrices ? Et comment construire un programme de sélection réalisable dans un rucher professionnel ?

Pour approfondir ces questions, nous nous appuyons notamment sur le webinaire scientifique « Sélection de l’abeille : prendre un bon départ », proposé par l’UMT PrADE avec des chercheurs, des techniciens du développement apicole et des apiculteurs engagés dans des démarches de sélection.

L’idée essentielle : il n’existe pas une « meilleure abeille » universelle. Un bon programme de sélection commence par définir précisément les qualités recherchées en fonction de son territoire, de sa conduite du rucher et de ses objectifs.

Le webinaire : Sélection de l’abeille, prendre un bon départ

Webinaire UMT PrADE « Sélection de l’abeille : prendre un bon départ », organisé le 8 février 2024.

Élever des reines ne signifie pas encore sélectionner

Lorsqu’un apiculteur greffe des larves provenant d’une colonie et produit des dizaines de filles à partir de cette reine, il réalise un élevage.

Pour parler véritablement de sélection, il faut aller plus loin.

Il faut avoir :

  • défini les caractères que l’on souhaite améliorer ;
  • mesuré ces caractères sur plusieurs colonies ;
  • comparé les colonies dans des conditions aussi homogènes que possible ;
  • choisi les reproductrices sur la base de ces observations ;
  • produit une nouvelle génération ;
  • puis vérifié si les qualités recherchées se retrouvent chez leurs descendantes.

La sélection est donc un processus réalisé sur plusieurs colonies et plusieurs générations.

Pour comprendre les différentes étapes techniques de production des reines, consultez également notre dossier : calendrier d’élevage de reines : greffage, naissance et ponte .

Première étape : définir ses objectifs de sélection

C’est probablement le principal enseignement à retenir avant de commencer.

On ne devrait pas choisir une reproductrice simplement parce qu’une colonie nous paraît « bonne ».

Il faut auparavant déterminer ce que l’on attend réellement de ses abeilles.

Les travaux conduits sur la sélection apicole montrent d’ailleurs que les apiculteurs n’accordent pas tous la même importance aux différents caractères.

Parmi les objectifs régulièrement recherchés figurent notamment :

  • la production de miel ;
  • l’autonomie alimentaire ;
  • la douceur ;
  • les qualités sanitaires ;
  • la faible tendance à l’essaimage.

La hiérarchie entre ces critères dépend du système de production, du territoire, des ressources disponibles, de l’organisation du travail et des objectifs économiques de l’exploitation.

Une abeille parfaitement adaptée à un apiculteur transhumant n’est donc pas nécessairement celle qui conviendra le mieux à un rucher sédentaire.

Quels critères regarder pour sélectionner une reine ?

Une reproductrice ne devrait jamais être choisie sur un seul caractère.

CritèreCe que l’on observePourquoi c’est important
ProductionRécoltes et régularitéPerformance économique
DouceurRéaction à l’ouverture et aux manipulationsConfort et temps de travail
Tenue au cadreComportement des abeilles pendant la visiteFacilité de conduite
EssaimageCellules royales et départs d’essaimsMaintien du potentiel de production
CouvainSurface, homogénéité et dynamiqueDéveloppement de la colonie
RéservesGestion du miel dans le corpsAutonomie alimentaire
SanitaireVarroa, hygiène, état du couvainRésilience de la colonie

La production de miel peut-elle être sélectionnée ?

Oui.

La production constitue historiquement l’un des principaux caractères recherchés dans les programmes de sélection apicole.

Mais mesurer correctement ce caractère implique de comparer des colonies placées dans des conditions suffisamment proches.

Une excellente récolte ne dépend pas uniquement de la génétique de la reine. Elle dépend également de la miellée, de l’emplacement, de la force initiale de la colonie, de la météo et de la conduite de l’apiculteur.

C’est pourquoi une sélection sérieuse s’appuie davantage sur la répétition des performances et la comparaison entre colonies que sur une récolte exceptionnelle obtenue une seule année.

Douceur et tenue au cadre : deux caractères à ne pas négliger

Ces critères sont parfois considérés comme secondaires face à la production.

Pourtant, sur un rucher important, travailler des colonies calmes représente un avantage considérable.

Une colonie agressive demande davantage de temps, complique les manipulations et peut rendre certaines interventions plus difficiles.

Mais là encore, il faut utiliser une méthode de notation suffisamment constante.

La météo, la miellée, l’heure de visite ou une période d’orphelinage peuvent modifier temporairement le comportement d’une colonie.

Il est donc préférable d’effectuer plusieurs observations au cours de la saison.

Faut-il sélectionner contre l’essaimage ?

La tendance à l’essaimage possède une composante génétique, mais elle dépend aussi fortement de la conduite de la colonie.

Une colonie à laquelle on ne donne pas suffisamment d’espace peut essaimer même avec une génétique habituellement peu essaimeuse.

Le bon critère n’est donc pas forcément « cette colonie n’a jamais essaimé ».

Il est plus intéressant d’identifier les familles qui, dans des conditions comparables et avec la même conduite, déclenchent moins fréquemment la fièvre d’essaimage.

Autonomie alimentaire : un critère de plus en plus étudié

La capacité d’une colonie à gérer ses réserves constitue également un caractère particulièrement intéressant.

Deux colonies de force comparable peuvent avoir des stratégies très différentes.

Certaines maintiennent un couvain important en consommant rapidement leurs réserves. D’autres adaptent davantage leur développement aux ressources disponibles.

Cette autonomie alimentaire peut devenir particulièrement intéressante lorsque les périodes de disette sont plus fréquentes.

Mais sélectionner simultanément sur un maximum de production et sur de fortes réserves peut demander des compromis : tous les objectifs de sélection ne progressent pas nécessairement dans la même direction.

Varroa doit-il entrer dans la sélection des reines ?

Oui, mais sans faire disparaître les autres critères.

La capacité de certaines colonies à ralentir l’évolution de la population de Varroa destructor constitue aujourd’hui un axe majeur de recherche.

On peut notamment observer :

  • la dynamique de l’infestation au cours de la saison ;
  • le comportement hygiénique ;
  • le VSH ;
  • la reproduction du Varroa ;
  • la capacité des descendantes à reproduire ces performances.

Mais une excellente colonie VSH qui serait très essaimeuse, agressive ou peu productive ne constituerait pas nécessairement une bonne reproductrice pour un rucher de production.

L’objectif reste une sélection multicritère.

À lire également : qu’est-ce qu’une abeille VSH ?

Pour approfondir : Résistance des abeilles à Varroa : VSH, SMR et sélection .

Tous les caractères sont-ils aussi faciles à sélectionner ?

Non.

Un caractère observé sur une colonie résulte toujours de deux grandes composantes : la génétique et l’environnement.

Plus la part génétique transmissible d’un caractère est importante, plus une sélection méthodique peut permettre de le faire progresser efficacement.

Les recherches conduites sur des populations françaises montrent que plusieurs caractères apicoles peuvent présenter une composante génétique sélectionnable, mais avec des niveaux d’héritabilité différents.

Cela signifie qu’il faut éviter de supposer que tous les critères progresseront à la même vitesse.

La sélection demande donc du temps, des mesures répétées et surtout l’observation des générations suivantes.

Comment choisir concrètement une reine reproductrice ?

Chez un apiculteur disposant de plusieurs dizaines ou centaines de colonies, une méthode simple consiste à travailler par étapes.

1. Éliminer les colonies qui ne doivent pas reproduire

Avant de rechercher les meilleures, il est souvent plus simple d’identifier les colonies que l’on ne souhaite surtout pas multiplier :

  • agressivité importante ;
  • couvain régulièrement médiocre ;
  • forte tendance à l’essaimage ;
  • développement insuffisant ;
  • problèmes sanitaires répétés.

2. Noter les colonies restantes

Quelques critères simples peuvent ensuite être relevés plusieurs fois pendant la saison.

Une grille de notation commune permet d’éviter de choisir uniquement « de mémoire » la colonie qui a laissé la meilleure impression.

3. Sélectionner plusieurs familles plutôt qu’une seule reine

Une erreur classique consiste à identifier une colonie exceptionnelle et à produire toute la génération suivante à partir de cette seule reine.

Cette stratégie augmente la dépendance à une seule famille et réduit la diversité génétique.

Il est généralement préférable de conserver plusieurs lignées présentant des performances intéressantes.

4. Évaluer les filles

Une reproductrice devient véritablement intéressante lorsque ses qualités apparaissent régulièrement chez sa descendance.

La question n’est donc plus seulement :

« Cette colonie est-elle excellente ? »

mais :

« Ses filles sont-elles, en moyenne, meilleures que les autres colonies ? »

Pourquoi la voie mâle est-elle aussi importante ?

Une reine ne produit évidemment pas seule la génétique d’une colonie.

Lors de la fécondation, elle s’accouple avec plusieurs mâles et la génétique paternelle intervient donc fortement dans les caractères exprimés par les ouvrières.

C’est pourquoi un programme de sélection avancé ne peut pas uniquement raisonner sur les reines mères.

Il faut également s’intéresser :

  • aux colonies productrices de mâles ;
  • aux stations de fécondation ;
  • à l’insémination instrumentale lorsque celle-ci est utilisée ;
  • ou au minimum à l’environnement génétique autour des ruchers de fécondation.

Cette différence est particulièrement importante pour comprendre le rôle respectif des reproductrices et de leurs filles : reine Buckfast F0 ou F1 : quelle différence ?

Ce que nous retenons chez LaRucheTic

Chez LaRucheTic, nous considérons que la sélection ne devrait jamais se résumer à la recherche d’un caractère spectaculaire ou d’une appellation commerciale.

Une reproductrice intéressante doit avant tout produire des colonies équilibrées.

Nous portons notamment attention à :

  • la qualité et la régularité du couvain ;
  • la dynamique de développement ;
  • la douceur et la tenue au cadre ;
  • la tendance à l’essaimage ;
  • les performances des colonies ;
  • leur comportement face aux pressions sanitaires ;
  • et surtout la qualité des descendantes.

La valeur d’une reproductrice ne se mesure pas seulement à ce qu’elle est, mais à ce qu’elle transmet.

Quelle reine choisir pour votre rucher ?

Une reine destinée au remérage d’une colonie de production et une reine destinée à devenir une base de sélection ne répondent pas exactement au même besoin.

→ Consultez notre guide pour choisir une reine d’abeilles

→ Quelle reine Buckfast choisir pour son rucher ?

Questions fréquentes sur la sélection des reines

Quelle est la différence entre élevage et sélection de reines ?

L’élevage consiste à produire des reines. La sélection consiste à choisir les colonies qui seront utilisées comme parents de la génération suivante en fonction de critères définis et mesurés.

Quels sont les principaux critères de sélection d’une reine ?

Les critères peuvent notamment inclure la production, la qualité du couvain, la douceur, la tenue au cadre, la tendance à l’essaimage, l’autonomie alimentaire et différents caractères sanitaires.

Quelle est la meilleure reine pour la sélection ?

Il n’existe pas de meilleure reine universelle. Le choix dépend des objectifs de l’apiculteur, de son environnement, de son système de production et des caractères qu’il souhaite faire progresser.

Faut-il sélectionner uniquement les colonies les plus productives ?

Non. Une sélection uniquement centrée sur la production peut conduire à négliger d’autres caractères importants. Une sélection multicritère est généralement plus pertinente.

Combien de colonies faut-il pour commencer une sélection ?

Il est possible de commencer avec quelques dizaines de colonies à condition d’utiliser une méthode de notation régulière. Plus le nombre de colonies évaluées augmente, plus il devient possible de comparer les familles et d’identifier les reproductrices intéressantes.

Pourquoi faut-il tester les filles d’une reproductrice ?

Parce qu’une excellente performance individuelle peut en partie résulter de l’environnement. Lorsque les filles d’une reine présentent elles aussi régulièrement les caractères recherchés, sa valeur génétique devient beaucoup plus intéressante.

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Sources et ressources

  • UMT PrADE – « Sélection de l’abeille : prendre un bon départ » , webinaire du 8 février 2024.
  • INRAE – travaux consacrés à la sélection apicole, à la diversité génétique et aux caractères d’intérêt chez l’abeille domestique.
  • UMT PrADE – travaux consacrés à la sélection des colonies, au renouvellement du cheptel et à la résilience des abeilles.
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