Abeilles VSH

Comment lutter contre le varroa

Abeilles VSH

Les abeilles VSH sont sélectionnées pour leur capacité à détecter et à éliminer une partie du couvain infesté par Varroa destructor. Ce comportement, appelé Varroa Sensitive Hygiene, peut contribuer à ralentir la reproduction du parasite dans la colonie. Mais que signifie réellement VSH ? Une reine VSH produit-elle automatiquement une colonie résistante à Varroa ? Et comment ce caractère est-il sélectionné ?

La sélection d’abeilles capables de mieux faire face à Varroa constitue aujourd’hui l’une des pistes les plus prometteuses de l’élevage apicole.

Les connaissances scientifiques ont cependant beaucoup progressé ces dernières années. Le VSH ne doit pas être considéré comme une solution miracle ni comme un caractère simplement présent ou absent chez une abeille.

Il s’agit d’un comportement dont l’expression varie entre les colonies, intégré dans un ensemble beaucoup plus complexe de mécanismes de résistance à Varroa.

Varroa destructor sur des abeilles domestiques Apis mellifera
Varroa destructor est l’un des principaux parasites de l’abeille domestique. La sélection VSH vise notamment à favoriser des colonies capables de mieux limiter sa reproduction.

Que signifie VSH chez l’abeille ?

VSH signifie Varroa Sensitive Hygiene, que l’on peut traduire par « comportement hygiénique sensible à Varroa ».

Il s’agit d’une forme particulière de comportement hygiénique observée chez les ouvrières.

Lorsqu’un Varroa femelle pénètre dans une cellule juste avant son operculation, il peut s’y reproduire pendant le développement de l’abeille.

Dans certaines colonies, des ouvrières sont capables de détecter certaines cellules de couvain infestées.

Elles peuvent alors :

  • identifier une cellule suspecte ;
  • désoperculer l’alvéole ;
  • retirer la nymphe infestée ;
  • perturber ainsi le cycle reproductif de Varroa.

Cette intervention empêche notamment une partie des jeunes Varroas présents dans la cellule d’atteindre leur maturité avant l’émergence de l’abeille.

Le comportement VSH peut ainsi contribuer à réduire le succès reproducteur du parasite et ralentir la croissance de sa population dans la colonie.

Observation du couvain d’abeilles dans le cadre de la sélection VSH contre Varroa
L’observation du couvain permet d’étudier les comportements hygiéniques des colonies et leur capacité à intervenir sur des cellules infestées par Varroa.

Comment une abeille détecte-t-elle une cellule infestée par Varroa ?

Le mécanisme exact reste complexe.

Les recherches suggèrent que les ouvrières ne détectent probablement pas simplement la présence physique du Varroa.

Elles semblent plutôt réagir à des modifications associées à l’infestation du couvain : odeurs, signaux chimiques ou modifications physiologiques de la nymphe parasitée.

Les antennes des ouvrières jouent notamment un rôle important dans cette capacité de détection.

Cela explique pourquoi toutes les cellules contenant un Varroa ne sont pas systématiquement ouvertes.

Le VSH est un comportement sélectif, dont l’intensité peut varier fortement d’une colonie à une autre.

Une abeille VSH est-elle une race d’abeille ?

Non.

Le VSH n’est ni une race ni une sous-espèce d’abeille.

C’est un caractère pouvant être recherché par sélection dans différentes populations d’Apis mellifera.

Il est donc possible de rencontrer des lignées sélectionnées pour des caractères VSH chez des abeilles :

  • Buckfast ;
  • Carnica ;
  • Ligustica ;
  • Mellifera ;
  • ou dans différentes populations hybrides.

Parler d’« abeille VSH » signifie donc qu’une population ou une lignée a été sélectionnée pour l’expression de ce comportement.

Cela ne définit pas son origine génétique complète.

Quelle différence entre comportement hygiénique et VSH ?

Cette distinction est particulièrement importante.

Une colonie peut présenter un excellent comportement hygiénique général sans nécessairement exprimer fortement le VSH.

Les tests classiques de comportement hygiénique, comme le pin-test ou les tests sur couvain tué, évaluent la rapidité avec laquelle les ouvrières détectent et évacuent du couvain anormal ou mort.

Le VSH est plus spécifique.

Il concerne la réaction des ouvrières face à du couvain vivant infesté par Varroa.

Un bon résultat à un test hygiénique constitue donc un caractère intéressant pour la sélection, mais il ne suffit pas à qualifier une colonie de VSH.

Quelle différence entre VSH et SMR ?

Les deux termes sont fréquemment associés et parfois confondus.

SMR signifie Suppressed Mite Reproduction, c’est-à-dire réduction ou suppression de la reproduction du Varroa.

Historiquement, des colonies sélectionnées présentaient une proportion particulièrement importante de Varroas ne parvenant pas à produire une descendance viable.

Les travaux ont ensuite montré qu’une partie de ce phénomène pouvait être liée à l’intervention des ouvrières sur les cellules infestées.

C’est notamment ainsi que la notion de VSH s’est développée.

Aujourd’hui, il reste préférable de distinguer les observations :

VSH → comportement des ouvrières envers certaines cellules infestées.

SMR / faible reproduction → constat d’un succès reproducteur réduit du parasite.

Ces phénomènes peuvent être liés sans être strictement synonymes.

Le VSH permet-il réellement de réduire Varroa ?

Oui, mais il faut bien comprendre ce que cela signifie.

Le comportement VSH peut contribuer à ralentir l’augmentation de la population de Varroas.

Il ne signifie pas que les abeilles éliminent tous les parasites de la colonie.

Une colonie fortement VSH peut donc toujours contenir des Varroas.

L’intérêt du caractère réside principalement dans la dynamique de la population parasitaire : à conditions comparables, certaines colonies peuvent permettre au parasite de se multiplier moins rapidement que d’autres.

C’est cette capacité qui intéresse particulièrement les programmes de sélection.

Une reine VSH produit-elle forcément des abeilles VSH ?

C’est plus compliqué.

Une reine transmet seulement une partie du patrimoine génétique de ses ouvrières.

La génétique des mâles avec lesquels elle s’accouple intervient également.

Chez l’abeille, une reine se féconde avec plusieurs mâles. Les ouvrières d’une même colonie ne possèdent donc pas toutes exactement le même père.

Cela signifie qu’une reine issue d’une lignée fortement sélectionnée peut produire des colonies exprimant le caractère à différents niveaux selon les accouplements réalisés.

C’est particulièrement important pour comprendre la différence entre une reproductrice issue d’une sélection contrôlée et ses descendantes fécondées naturellement.

À lire également : comprendre la différence entre une reine Buckfast F0 et F1 .

Le VSH est-il héréditaire ?

Oui, il existe une composante génétique permettant de sélectionner les caractères associés à la résistance à Varroa.

Mais les recherches récentes montrent également pourquoi il faut éviter de présenter cette résistance comme un caractère génétique simple.

Une importante étude publiée en 2025 et portant sur plus de 1 500 colonies françaises a confirmé l’existence d’une héritabilité pour plusieurs caractères de résistance à Varroa.

Les chercheurs n’ont cependant pas identifié un hypothétique « gène de résistance à Varroa ».

Au contraire, de nombreuses régions du génome possèdent des effets faibles ou modérés.

La résistance à Varroa apparaît donc comme un caractère complexe et polygénique.

En pratique, le niveau de résistance observé dans une colonie résulte de la combinaison de nombreux facteurs génétiques, de différents comportements et de l’environnement.

C’est une donnée essentielle pour comprendre les limites des appellations commerciales telles que « 100 % VSH ».

Comment mesure-t-on le VSH d’une colonie ?

Observer simplement qu’une colonie contient peu de Varroas n’est pas suffisant.

Une faible infestation peut avoir de nombreuses autres explications : essaimage, rupture de ponte, faible infestation initiale, environnement particulier, traitement précédent ou faible réinfestation.

Pour évaluer plus spécifiquement le VSH, il existe des protocoles consistant à exposer une colonie à un cadre de couvain dont le niveau d’infestation est connu.

L’infestation est évaluée avant l’introduction du cadre puis de nouveau après plusieurs jours.

Une forte diminution des cellules infestées constitue alors un indicateur de l’intervention des ouvrières.

Ces mesures restent relativement longues à réaliser. C’est pourquoi, dans un programme de sélection, elles peuvent être réservées aux colonies ayant déjà été présélectionnées.

Peut-on sélectionner des abeilles résistantes à Varroa ?

Oui.

C’est probablement l’un des enseignements les plus encourageants des recherches actuelles.

Mais il est préférable de ne pas sélectionner uniquement sur une mesure VSH.

Plusieurs informations peuvent être combinées :

  • évolution de l’infestation Varroa au cours de la saison ;
  • comportement VSH ;
  • reproduction des Varroas ;
  • comportement hygiénique ;
  • qualité du couvain ;
  • vitalité de la colonie ;
  • douceur ;
  • essaimage ;
  • production ;
  • hivernage.

Une colonie intéressante n’est donc pas simplement celle présentant le meilleur résultat VSH.

L’objectif est de produire une abeille performante présentant également une meilleure capacité à contrôler Varroa.

Pour approfondir : découvrez notre dossier consacré à l’élevage de reines en apiculture .

Résistance à Varroa : pourquoi faut-il observer plusieurs générations ?

Une reproductrice peut obtenir un excellent résultat pour de nombreuses raisons.

La véritable valeur génétique d’une lignée apparaît lorsque ses qualités sont retrouvées avec une certaine régularité chez ses descendantes.

Pour un éleveur, il est donc beaucoup plus intéressant d’observer une famille de colonies performantes plutôt qu’une seule colonie exceptionnelle.

Cette logique implique de suivre les mères, leurs filles et, lorsque cela est possible, la voie mâle.

C’est également une manière de conserver suffisamment de diversité génétique tout en faisant progressivement progresser la population.

Une abeille VSH permet-elle de supprimer les traitements contre Varroa ?

Non, pas automatiquement.

C’est un point sur lequel nous préférons être particulièrement clairs.

Posséder une reine issue d’une sélection VSH ne dispense pas de surveiller l’infestation de la colonie.

Le niveau de Varroa doit continuer à être mesuré.

Une intervention sanitaire peut rester nécessaire lorsque la population parasitaire atteint un niveau présentant un risque pour la colonie.

La sélection génétique doit être considérée comme un levier supplémentaire de gestion de Varroa, et non comme une garantie permettant d’abandonner systématiquement toute surveillance ou tout traitement.

Ce que nous retenons chez LaRucheTic

Chez LaRucheTic, nous considérons le travail autour du VSH comme une évolution particulièrement intéressante de la sélection apicole.

Mais nous préférons parler de sélection progressive de caractères associés à la résistance à Varroa plutôt que de présenter le VSH comme une solution définitive.

La faible dynamique Varroa, le comportement hygiénique, la qualité du couvain et la transmission des performances aux descendantes constituent autant d’informations susceptibles d’enrichir progressivement l’évaluation des reproductrices.

L’objectif reste de conserver une sélection multicritère.

Une abeille intéressante doit rester une bonne abeille d’élevage et de production : saine, équilibrée, douce, dynamique et adaptée à son environnement.

Pour approfondir la résistance des abeilles à Varroa

Nous avons consacré un article spécifique aux recherches françaises sur la résistance à Varroa, le VSH, le SMR et leur utilisation dans les programmes de sélection apicole.

Résistance des abeilles à Varroa : VSH, SMR et sélection


Questions fréquentes sur les abeilles et reines VSH

Que signifie VSH ?

VSH signifie Varroa Sensitive Hygiene. Il s’agit d’un comportement par lequel certaines ouvrières détectent et éliminent du couvain infesté par Varroa, perturbant ainsi la reproduction du parasite.

Une reine VSH est-elle résistante à Varroa ?

Il est plus exact de parler d’une reine provenant d’une lignée sélectionnée pour le VSH. L’expression du caractère dépend ensuite de la génétique de la reine, des mâles et de la colonie obtenue.

VSH signifie-t-il zéro Varroa ?

Non. Une colonie exprimant fortement le VSH peut toujours héberger Varroa destructor. Le caractère contribue principalement à limiter son développement et son succès reproducteur.

Le pin-test mesure-t-il le VSH ?

Non directement. Le pin-test mesure avant tout le comportement hygiénique général de la colonie. Ce caractère est intéressant en sélection mais ne suffit pas, à lui seul, à démontrer un comportement VSH.

Le VSH existe-t-il uniquement chez la Buckfast ?

Non. Le VSH est un caractère et non une race. Il peut être sélectionné dans différentes populations d’Apis mellifera.

Une reine VSH transmet-elle forcément le caractère à ses filles ?

Non. La transmission dépend à la fois de la génétique maternelle et de celle des mâles. Le niveau d’expression du caractère peut donc varier entre les colonies issues d’une même lignée.

Peut-on ne plus traiter une colonie VSH ?

Cette décision ne doit pas être prise sur la seule appellation VSH mais sur le niveau réel d’infestation de la colonie. Une surveillance régulière de Varroa reste nécessaire.


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Sources et ressources

INRAE – Travaux consacrés à la diversité génétique et à la résistance d’Apis mellifera à Varroa destructor.

ITSAP – Institut de l’abeille – Travaux et fiches techniques consacrés aux critères de sélection pour la résistance à Varroa.

USDA Agricultural Research Service – Travaux consacrés au Varroa Sensitive Hygiene et à la sélection des abeilles VSH.

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